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samedi 12 mai 2012

Points clés des deux thèmes

RIRE: POUR QUOI FAIRE?

• Le rire traverse notre histoire collective: dans l’Iliade d’Homère, le vainqueur d’un combat éclate de rire, marquant sa supériorité à l’égard de son adversaire ; certains personnages de la Bible sont secoués de fous rires ; les cathédrales du Moyen Age portent les traces d’un rire grotesque qui s’exprime sur les gargouilles ornant leurs façades et sur le visage des personnages sculptés de leurs chapiteaux de colonnes ; on rit dans les salons mondains du XVIIIe siècle ; et la littérature est depuis toujours traversée par la veine comique. Chaque époque, chaque culture donnent au rire des valeurs.

• La première fonction du rire est sociale, tant il est vrai qu’on rit rarement seul. Et, quand cela se produit, c’est, selon la formule de Daniel Sibony, « pour se secouer l’identité ». En riant, on se dédouble, on rit avec un autre que soi-même. Les manifestations du rire sont souvent collectives. Le rire crée la cohésion sociale dans la fête. Il fédère un public lors de spectacles comiques. Mêmes les rires enregistrés pour les séries télévisées sont collectifs.

• Cependant, cette fonction sociale du rire se révèle assez complexe. Le rire, parce qu’il est une tension, un « entre-deux », est par essence contradictoire. Dans sa dimension sociale, il unit les individus par-delà leurs clivages. C’est une fonction de la blague, de l’histoire drôle que de rassembler l’auditoire le temps d’un rire. Il permet même parfois d’atténuer des conflits et de désamorcer les tensions. Pourtant, cette réunion par le rire se fait souvent aux dépens des personnes dont on se moque. Le rire a ceci de paradoxal qu’il intègre et exclut à la fois : il réunit un groupe contre un individu. Il peut aussi servir de diversion, de force d’opposition : il est arme efficace pour renverser un argument imparable.

• Etymologiquement, le terme « critiquer » provient d’un mot grec signifiant « décider ». De fait, une attitude critique ne se résume pas à développer un point de vue négatif sur le sujet abordé, mais bien à décider de la valeur des choses. C’est en ce sens que le rire joue pleinement son rôle critique. Il n’est pas obligatoirement contre, mais oblige à repenser les échelles de valeurs. Il est donc déstabilisateur par nature : là où les convictions sont établies, où une idéologie règne sans partage, le rire bouscule les certitudes.

• Si le rire peut être une arme offensive, ambigüe parfois, mais d’une redoutable efficacité lorsque l’on veut bousculer valeurs et pouvoirs établis, il constitue aussi une arme de défense. Comment le rire peut-il protéger celui qui l’utilise ? De quoi faudrait-il se préserver en riant ? Parce que le rire aide à l’affirmation de soi et contribue à unir ceux qui rient, le rire de résistance surgit logiquement face à une situation qui fragilise notre identité individuelle ou collective. En quoi le rire est-il capable de nous protéger individuellement ? comment le rire permet-il de résister face à un système oppressif, dont la force d’écrasement s’exerce toujours de façon collective ?





LE SPORT, MIROIR DE NOTRE SOCIÉTÉ ?

• Le sport est souvent perçu comme un moyen de réaliser des desseins supérieurs : il éduque et élève l’homme, l’aide à se construire dans son rapport avec lui-même, avec les autres et avec la nature. Victoire de l’individu sur lui-même et contre l’adversité pour les uns, il porte en lui des valeurs positives.

• Le sport peut-être considéré comme un « fait social total » : il est présent dans tous les domaines de la société et comporte aussi bien une dimension idéologique, économique, culturelle, physique ou technologique… Celles-ci interagissent, se complètent ou s’opposent.

• Défini à la fois comme un idéal et une pratique, le sport est un phénomène protéiforme, caractérisé par son ambivalence. S’il véhicule des principes d’harmonie et d’équilibre, il est aussi un lieu d’expression privilégié des travers de notre société : à la manière du négatif d’une photographie, il révèle ainsi, en creux, les inquiétudes et les dysfonctionnements de notre monde.

samedi 28 janvier 2012

Rire et folie

Ecoutez l'emission du août 2011 sur le site de France Inter:


http://www.franceinter.fr/emission-fol-ete-rire-et-folie

mardi 4 octobre 2011

Milan Kundera, "Les agélastes", L'Ignorance, 2003.

LES AGÉLASTES
L’« affectation de gravité » s’exhibe partout autour de lui, mais le pasteur Yorick n’y voit qu’une friponnerie, « un manteau qui dissimule l’ignorance ou la bêtise ». Autant qu’il peut, il la pourchasse par des commentaires « de drôlerie et d’humour ». Cette « imprudente façon de plaisanter » s’avère dangereuse ; « chaque dizaine de bons mots lui vaut une centaine d’ennemis », si bien qu’un jour, n’ayant plus la force de résister à la vengeance des agélastes, il « jette son épée » et finit par mourir, « le coeur brisé ». C’est ainsi que Laurence Sterne présente le personnage de son roman Tristram Shandy. Oui, il parle des agélastes. C’est le néologisme que Rabelais a créé à partir du grec pour désigner ceux qui ne savent pas rire. Rabelais avait horreur des agélastes, à cause desquels, selon ses mots, il a failli « ne plus écrire un iota ». L’histoire de Yorick est le geste de salutation que Sterne envoie à son maître à travers deux siècles.
Il y a des gens dont j’admire l’intelligence, estime l’honnêteté, mais avec lesquels je me sens mal à l’aise : je censure mes propos pour ne pas être mal compris, pour ne pas paraître cynique, pour ne pas les blesser par un mot trop léger. Ils ne vivent pas en paix avec le comique. Je ne le leur reproche pas : leur agélastie est profondément enfouie en eux et ils n’y peuvent rien. Mais moi non plus je n’y peux rien et, sans les détester, je les évite de loin. Je ne veux pas finir comme le pasteur Yorick.

Chaque concept esthétique (et l’agélastie en est un) ouvre une problématique sans fin. Ceux qui, jadis, jetaient sur Rabelais des anathèmes idéologiques (théologiques) y étaient incités par quelque chose de plus profond encore que la fidélité à un dogme abstrait. C’était un désaccord esthétique qui les exacerbait : le désaccord viscéral avec le non-sérieux ; l’indignation contre le scandale d’un rire déplacé. Car si les agélastes ont tendance à voir dans chaque plaisanterie un sacrilège, c’est parce que, en effet, chaque plaisanterie est un sacrilège. Il y a une incompatibilité infranchissable entre le comique et le sacré et on peut seulement se demander où le sacré commence et où il finit. Est-il confiné au seul temple ? Ou son domaine s’étend-il plus loin, annexe-t-il aussi ce qu’on appelle les grandes valeurs laïques, la maternité, l’amour, le patriotisme, la dignité humaine ? Ceux pour qui la vie est sacrée, entièrement, sans restriction, réagissent avec irritation, ouverte ou cachée, à n’importe quelle blague, car dans n’importe quelle blague se révèle le comique qui en tant que tel est un outrage au caractère sacré de la vie.
On ne comprendra pas le comique sans comprendre les agélastes. Leur existence donne au comique sa pleine dimension, le montre comme un pari, un risque, dévoile son essence dramatique.

Mieux vaut en rire...

Comment tuer l’amant de sa femme (Jacques Brel)

 

Comment tuer l’amant de sa femme
Quand on a été comme moi
Élevé dans les traditions ?
Comment tuer l’amant de sa femme
Quand on a été comme moi
Élevé dans la religion ?
Il me faudrait du temps
Mais du temps je n’en ai pas
Pour elle je travaille tout le temps
La nuit je veille de nuit
Le jour je veille de jour
Le dimanche je fais des extras
Et même si j’étais moins lâche
Je trouve que ce serait dommage
De salir ma réputation
Bien sûr je dors dans le garage
Bien sûr ils dorment dans mon lit
Bien sûr c’est moi qui fais le ménage
Mais qui n’a pas ses petits soucis ?

Comment tuer l’amant de sa femme
Quand on a été comme moi
Élevé dans les traditions ?
Y a l’arsenic, ouais
C’est trop long
Y a le revolver
Mais c’est trop court
Y a l’amitié
Mais c’est trop cher
Y a le mépris
C’est un péché
Comment tuer l’amant de sa femme
Quand on a reçu comme moi
La croix d’honneur chez les bonnes soeurs ?

Comment tuer l’amant de sa femme
Moi qui n’ose même pas
Le lui dire avec des fleurs ?
Comme je n’ai pas le courage
De l’insulter tout le temps
Il dit que l’amour me rend lâche
Comme il est en chômage
Il dit en me frappant
Que l’amour le rend imprévoyant
S’il croit que c’est amusant
Pour un homme qui a mon âge
Qui n’a plus de femme et onze enfants
Bien sûr je leur fais la cuisine
Je bats les chiens et les tapis
Le soir je leur chante "Nuits de Chine"
Mais qui n’a pas ses petits soucis ?

Pourquoi tuer l’amant de sa femme
Puisque c’est à cause de moi
Qu’il est un peu vérolé ?
Pourquoi tuer l’amant de ma femme
Puisque c’est à cause de moi
Qu’il est pénicilliné ?

Jacques Brel, 1968


mardi 13 septembre 2011

Le rire peut-il changer le monde?

L’émission Ça vous dérange du 26 août sur France Inter était consacrée sur « Le rire peut-il changer le monde ? ».

Sur le site de l’émission, on dit la chose suivante : « Anticonformiste en détournant les règles, conformiste en raillant ceux qui s’en écartent. Inventif et salvateur ou démoniaque et cruel… Alors, le rire peut-il changer le monde ? »

Les invités :
·         L’essayiste Olivier Mongin
·         Le docteur Henri Rubinstein
·         Corinne Cosseron, directrice de l’Ecole du Rire

L’émission se réécoute en suivant ce lien

lundi 23 mai 2011

Le Dictateur, Charles CHAPLIN


Né d’une ressemblance entre Chaplin et Hitler (la fameuse moustache), le scénario est écrit en 1938 et le film, qui vise à mobiliser l’opinion (aux USA notamment, extérieurs au conflit), est terminé malgré de nombreuses pressions en juin 1940, bien avant la fin de la Guerre.
L’histoire : Un barbier juif ayant participé à la Grande Guerre et sauvé la vie d’un pilote retrouve le ghetto après vingt ans d’amnésie. Entre-temps, le dictateur anti-sémite Hynkel, son sosie, a pris le pouvoir. Les séquences alternent palais/ghetto.
Le thème : Rire de la raison contre la déraison : « Il fallait rire de Hitler » écrit Chaplin dans Ma vie. Ce devoir de rire fait de l’œuvre une arme de lutte contre le nazisme, non seulement sur le front idéologique, en ridiculisant la bêtise de la dictature (Goebbels devient Garbitsch, garbage, ordure, et Goering, Herring, hareng).
Rire de dérision : le grotesque du personnage et de son idéologie est montré à travers les discours de Hynkel, son comportement puéril, et bestial.
Rire de résistance : l’amnésie du barbier lui permet, de retour au ghetto, d’échapper à la propagande. Il est le seul, avec Hannah qui souligne leur salutaire distraction, à réagir sainement. Ce nécessaire recul est la base du comique de Chaplin : sourd au chant guttural des sirènes nazies, il révèle leur évidente absurdité.
Mais on ne peut pas rire de tout. Chaplin fixe les limites du rire et dénonce le rire mauvais des Nazis et le rire bête.

dimanche 15 mai 2011

Pierre Desproges, Le Tribunal des flagrants délires

 Le Tribunal des flagrants délires, est le titre d'une émission satirique de radio animée par Pierre Desproges pendant plusieurs années. L'humoriste y abordait tous lethemes, et n’hésitait pas à s’en prendre à de nombreuses personnalités qu’il ridiculisait de manière sarcastique et violente, en donnant l’impression qu’il ne respectait rien.

Stéphane Guillon.









dimanche 8 mai 2011

Le Petit Nicolas, Laurent TIRARD




Le petit Nicolas est un jeune garçon vivant dans un environnement urbain pendant les années 1950, livrant ses pensées intimes sur l’enfance et le monde complexe des adultes. L’adaptation de Laurent Tirard repose sur le choix d’éléments caractéristiques appartenant à différentes histoires. Cette comédie familiale réunit en 2009 environ 6 millions de spectateurs.
A la manière de Titeuf aujourd’hui, le petit Nicolas tente de décrypter les rapports entre camarades d’école, les premières amourettes, les consignes de la maîtresse, mais il essaie également d’interpréter les valeurs des adultes comme les relations entre voisins, le monde du travail, ou encore les disputes familiales. 

dimanche 23 janvier 2011

Marcel Gotlib, dessinateur culte des années 1970-1980

Marcel Gotlib est un maître. Un auteur riche de ses influences françaises et états-uniennes (Walt Disney, l’humour underground de Mad, mais aussi Vaillant dans lequel il a publié ses premières bandes dessinées, Goscinny avec qui il a commis les Dingodossiers), mais jamais prisonnier d’une école. Autodidacte, il s’est construit avec son époque, croquée dans tous les sens de l’absurde et de la dérision.
Avec lui, tous les codes de la bienséance sont piétinés ; tous les gestes les plus grossiers sont figés comme constitutifs du naturel primate de l’homme (on pense à Gai-Luron qui enfonce « joyeusement » son doigt dans le nez) ; tout ce qui semble aller de soi exagéré comme un vice : le sexe, le sport... Résolument « anti-cons » Marcel Gotlib n’est cependant pas un misanthrope. Son cynisme se veut d’abord une école du rire, d’un rire de soi-même d’abord et d’un rire subversif toujours. 



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mercredi 17 novembre 2010

Thé à la menthe ou t’es citron? de Patrick Hautdecoeur (Théâtre de boulevard)

Courant 2010, le succès de la pièce Thé à la menthe ou t’es citron de Patrick Haudecœur, pièce nominee aux Molière en 2010, atteste de la bonne santé du théâtre de boulevard dans le paysage français contemporain. On y voit une pièce en train de se monter : l’histoire est médiocre, rien n’est prêt, les comédiens ne connaissent pas leur texte, la première approche, c’est le ratage assuré…



Humour, chanson et musique.

Il existe un lien étroit entre humour, musique et chansons. Les dieux de la mythologie grecque le signalent clairement : Comus, dieu des festins et du libertinage ainsi que Momus, dieu des moqueries associent  fête, joie et bonne humeur. Nos sociétés contemporaines ne sont guère différentes. Quand nous sommes gais, nous rions et chantons volontiers…et comme pour les dieux antiques, l’alcool est de la partie, le plus souvent. La chanson permet d’aborder toutes les modalités de l’humour. Du clin d’œil discret et allusif aux énormités en passant par la chanson paillarde ou encore les délices du pastiche, les chanteurs et paroliers ont souvent recours à l’humour dans leurs textes. Qu’il s’agisse de jouer sur les mots, de mettre en scène des situations comiques, de se « mettre en boîte » ou encore de chanter sa gaîté et sa joie de vivre, l’humour inspire encore et toujours les auteurs et leurs interprètes.


mercredi 10 novembre 2010

Docteur « Patch » Adams.

L’expérience du docteur « Patch » Adams reflète bien cette croyance populaire dans les vertus thérapeutiques du rire. Ce médecin hospitalier prit pleinement conscience de l’intérêt de recourir au rire dans la relation de soin avec les enfants. Son histoire, mise en scène dans un film[1] interprété par Robin Williams, montre plus largement la nécessité d’instaurer une relation humaine et confiante entre médecins et patients.


[1] Docteur Patch, Tom Shadyac, 1998.



lundi 4 octobre 2010

mardi 28 septembre 2010

LE DINER DE CONS


LE DINER DE CONS
envoyé par Pihouu. - Court métrage, documentaire et bande annonce.

À débat idiot, réponse idiote!



C'est la philosophie Luz dans le grand débat national sur la burqa.
Un bourqalembour par jour sur le site,
une burqa spéciale par semaine dans Charlie Hebdo

vendredi 10 septembre 2010

A consulter!!!





Gargantua, François RABELAIS (1534)

« Il vaut mieux écrire du rire que des larmes, parce que rire est le propre de l’homme. » Rabelais, Gargantua, épigraphe.

Rabelais avait publié Pantagruel en 1532. Devant le succès de ce premier roman, il décide de reprendre ses personnages de géants, mais non pas pour écrire une suite : Rabelais choisit au contraire de raconter l’histoire du père de Pantagruel, Gargantua (personnage qu’il emprunte à une légende populaire).

Le roman suit l’évolution du personnage de Gargantua, géant aux appétits dignes de sa taille. Le comique rabelaisien emprunte très largement aux traditions du carnaval et de la farce. A la manière des tableaux de Brueghel qui lui sont quasiment contemporains, le roman Gargantua propose une vision exagérée et parodique du monde. 

Le choix des personnages de géants en atteste : le géant incarne les appétits excessifs de l’homme, souligne ses outrances et sa démesure.

dimanche 5 septembre 2010

La Philosophie et le Rire.





Nietzsche nous dit, à la fin de Par delà le bien et le mal : « J’irais jusqu’à risquer un classement des philosophes suivant le rang de leur rire. » Nietzsche a une violente aversion pour les philosophes qui, comme il le dit, « ont cherché à donner mauvaise réputation au rire ». Et il juge Thomas Hobbes singulièrement coupable de ce crime, ajoutant qu’on ne saurait attendre d’un Anglais autre chose que l’attitude puritaine de Hobbes. Or il se trouve que l’accusation de Nietzsche repose sur une citation mal interprétée de ce que dit Hobbes sur le rire en philosophie. Cependant, Nietzsche avait sans doute raison de souligner que Hobbes (d’accord en cela avec la plupart des penseurs importants de son époque) considérait comme évident que le rire est un sujet auquel les philosophes doivent s’intéresser sérieusement.


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